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par Etienne Rey


BAD BOYS II ou les ambiguïtés
octobre 2003

Toute image cache paraît-il une idéologie. Et bien si tel est le cas, je me demande bien ce que peuvent dissimuler certains films. Je peux comprendre par exemple que Rambo, The Exterminator et The Patriot ont beaucoup à nous apprendre sur le courage du peuple américain, mais qu’auraient donc des films comme American Pie à cacher … rien justement me répondrait l’affiche publicitaire.

J’avais donc un thème, mais ne pouvais aller plus loin que ce premier paragraphe parce qu’il me manquait un sujet, un film sur lequel m’appuyer…

… deux jours plus tard…

Figurez-vous que je viens justement de voir « Bad Boys II»… ce ne peut être qu’un signe du très haut. Pour ceux qui n’auraient pas eu l’occasion de le voir (séances complètes), je vous fais un petit topo de ce qui manquera désormais à votre culture cinématographique.
Dans ce film « bigger than life », de gentils policiers afro-américains habillés d’un T-Shirt de basket pour l’un et d’un deux pièces Armani pour l’autre sauvent leur peuple et accessoirement une frangine aux gros seins, d’une deuxième baie des cochons. Bien sûr, long et parsemé d’embûches est le chemin qui conduit les vertueux du pêché vers la rédemption (en forme ici de nouvelle copine pour l’un et de nouvelle piscine pour l’autre.) . Parmi les quelques obstacles que le scénariste lance à nos héros on trouvera principalement des adeptes du Ku-Klux-Klan, de mauvais réfugiés cubains et une grosse méprise dont je consacrerai un paragraphe plus loin.
L’Amérique, en ces temps incertains, souffre visiblement de racisme et d’intolérance. A l’image, c’est notre héros Will Smith qui pâtit de ces deux fléaux. Dans son extrême confusion, il peut lui arriver toutefois de lâcher quelques blagues racistes et homophobes… Mais, allez, le film dure quand même deux heures trente, on peut bien rigoler un peu sur les Cubains, les Russes ou les noirs mal habillés.

Pour revenir à notre thème de départ, on se rend compte que peu de choses ont changé depuis la glorieuse époque des Rambo et autres héros solitaires. Elles ont évoluées toutefois.
Aujourd’hui, le héros est noir et affublé d’un troubadour. Deux critères qui assurent premièrement (quoi que les héros puissent faire ou dire) une étiquette antiraciste, et deuxièmement un quota comique. Et oui, le producteur Jerry Bruckenheimer et son meilleur poulain Michael Bay (à qui l’on doit déjà « Pearl Harbor ») ont pensé à tout. En affichant leur étiquette anti raciste dès la scène d’exposition et même dès la bande-annonce (la scène de massacre du Ku-Klux-Klan) il se protège des foudres de la censure publique (je doute que la critique les intéresse beaucoup). Désormais les écoliers chanteront « Bad Boys, Bad Boys What you gonna do when they come for you » sur le chemin de l’école. Ils rêveront de devenir policiers et d’attraper des méchants. Pour les plus valeureux d’entre eux, il y aura l’armée, qui fait dans ce film l’étalage de ses derniers jouets. Il faut savoir que Jerry Bruckenheimer entretient des liens très étroits avec l’armée américaine, qui prête volontiers ses jouets en échange d’un droit de regard sur le scénario…

Pour revenir à nos moutons, une chose est sûr, depuis l’invention du cinéma : le héros n’est pas une « tapette »… à part Joel Schumacher et son couple ambiguë Batman-Robin, personne n’a jamais osé traiter un héros de lopette… Justement dans ce film il y a une scène clé qui laissera aucun doute sur l’hétérosexualité des héros. Alors qu’ils sont en pleine discussion sur un sujet bénin, un énorme quiproquo s’affiche sur les écrans d’un magasin de vidéo… les clients pensent qu’ils ont affaires à deux homosexuels, « deux dépravés » comme le dit l’un des personnages. On lit sur le visage des deux acteurs que c’est le dernier affront qu’on pouvait leur faire… Là plus de doute, plus d’ambiguïté. Du moins pour le public à qui le film s’adresse…Pour les autres, il y a effectivement une grosse ambiguïté dans le message que le film distille, l’air de rien.

Puisque nous sommes sur le sujet de l’ambiguïté, je profiterais de l’occasion pour signaler qu’il semble y avoir deux sortes d’ambiguïté : celle qui endort et celle qui réveille.

Au cinéma ce mois il y a donc 2 films à ne pas manquer : Bad Boys II et Mystic River.


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